Hebdomadaires, 16 mai 2011

Allocution de M. Mark Muller, président du Conseil d'Etat à l’occasion de la cérémonie de remise au MIR d’un facsimilé de la «lettre de doléances» de 1415 au moment de la condamnation puis de l’exécution du théologien Jan Hus, précurseur de la Réforme

[en tchèque: Dovolte mi, jménem Republiky a Kantonu Ženeva srdečně přivítat naše přítomné české hosty v tomto významném symbolickém místě vyznání víry, v místě kam přicházím vždy s radostí. Je ctí pro Ženevu a její mezinárodní muzeum reformace obdržet faksimilii slavného «stížného listu» českých a moravských pánů vydaného v den odsouzení mistra Jana Husa na smrt, šestého července čtrnácetpatnáct.]

Au nom du Conseil d’Etat de la République et canton de Genève, permettez-moi de souhaiter à nos hôtes tchèques présents aujourd’hui une cordiale bienvenue à Genève en ce lieu haut en symboles où je viens chaque fois avec plaisir.

C’est un honneur pour Genève que de voir son Musée international de la Réforme recevoir un fac-similé de la fameuse «lettre de doléances» signée par les notables tchèques et moraves à l’heure de la condamnation à mort de Jan Hus en 1415.

Héros et martyr de la nation tchèque, précurseur du protestantisme, Jan Hus mérite l’hommage qui lui est rendu ce soir. Il mérite de «siéger» en ces lieux aux côtés des autres réformateurs, aux côtés de Calvin, figure historique et emblématique de notre ville, qui fut considérée, est-ce utile de le rappeler ici, comme la Rome du protestantisme au XVIe siècle. Mesdames, Messieurs, je souhaite plutôt vous rappeler ce soir les liens étroits et anciens qui unissent Genève et la Suisse à la République tchèque.

Saviez-vous en effet qu’une rue de notre belle ville porte le nom de Thomàš Masaryk, du nom du premier président de la Tchécoslovaquie en 1918? C’est en effet à Genève que le leader indépendantiste trouva refuge lors de la Première Guerre mondiale, entraînant dans son sillage une importante diaspora tchèque. C’est d’ailleurs à l’Hôtel Beau-Rivage que fut signé le traité entérinant la création de la Tchécoslovaquie. Témoignage de ce haut fait historique, une salle de l’hôtel porte toujours son nom… Quant à la fille de Masaryk, on m’a soufflé qu’elle succomba au charme irrésistible d’un Genevois et vécut longtemps sur les rives du Léman.

Votre association à Genève, Beseda Slovan est forte aujourd’hui de quelque 200 membres, sur les 341 ressortissants tchèques recensés dans notre canton au 31 décembre 2010. Beseda Slovan joua d’ailleurs un rôle de premier plan lors du combat souverainiste de Masaryk.

Autre personnalité tchèque qui a marqué les esprits à Genève: l’horloger François Czapek. Associé au Polonais Antoine Norbert de Patek, il fonda dans cette ville, en 1839, la compagnie horlogère Patek, Czapek & Co, avant de quitter l’entreprise en 1845 pour

 

divergence de vue avec l’autre co-fondateur. Czapek fut remplacé par le Français Jean-Adrien Philippe et l’entreprise prit le nom de Patek Philippe, connue aujourd’hui comme l’une des plus prestigieuses marques horlogères suisses contemporaines.

Plus proche de nous, soit en 1968 lors du printemps de Prague, près de 15 000 émigrés tchèques rejoignirent la Suisse et contribuèrent ainsi à tisser des liens forts entre nos deux nations, notamment aux plans artistique et culturel. D’ailleurs, à l’heure actuelle, 10 000 à 15 000 citoyens suisses alémaniques ont des origines tchèques.

Double clin d’œil à Jan Hus et à la cérémonie qui nous rassemble aujourd’hui dans ce musée de la Réforme, on peut dire Genève fut non seulement la terre d’accueil de milliers de réfugiés huguenots au XVIe, mais également celle d’une importante diaspora tchèque au cours du XXe siècle. Ou lorsque l’Histoire avec un grand «H» nous permet de mettre en lumière la vocation internationale et de lieu d’asile de notre cité…

Pour terminer sur une note plus légère, j’aimerais rappeler également les liens sportifs qui unissent la République tchèque à Genève et à la Suisse. Souvenez-vous, Mesdames, Messieurs, qu’il y a près de trois ans déjà, en 2008, l’équipe nationale tchèque de football disputait deux de ses trois matchs du championnat d’Europe au Stade de Genève. Deux matches pour… deux défaites, l’une face au Portugal, l’autre face à la Turquie. Au-delà de l’insuccès sportif de vos compatriotes, on se souvient surtout ici de la formidable ambiance extraordinaire colorée et bon enfant qui régna sur notre ville, littéralement «envahie» par des fans tchèques grimés en bleu, blanc et rouge. J'aimerais encore vous remercier. Saviez-vous que la Suisse tennistique doit beaucoup à la République tchèque et à sa cousine slovaque? En effet, aussi bien Jakob Hlasek que Martina Hingis ou Stanislas Wawrinka, soit deux des meilleurs joueurs de tennis suisses, sont d’origine tchèque ou slovaque…

A l’heure de conclure, je tiens à remercier, au nom du gouvernement genevois, les autorités de la République tchèque pour ce très beau legs fait au Musée international de la Réforme. Je souhaite également rendre hommage à Mesdames Françoise Demole, présidente de la Fondation du musée, et Isabelle Graesslé, directrice, pour l’organisation de ces deux journées de visite de la délégation tchèque à Genève et l'extraordinaire travail que vous faites au quotidien.

Excellent séjour à Genève!


Le texte dit fait foi.

 


 

 

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